fév 24 2011

First blue year

« Nos amis nous considèrent comme un couple bizarre, mais les seuls moments où nous nous trouvons bizarres sont ceux où nous sommes séparés »
Café Starbucks Québec, Déc 2010

Il y a exactement un an je discutais pour la première fois avec Marie, les mois auparavant on avais pus se croiser sur un forum succinctement, lire et voir les sites de l’un ou de l’autre, et le 24 Février 2010 après un bref échange twitter nous nous parlions pour la première fois directement.

Emails, sms, messagerie instantanées, pour arriver un matin d’octobre dans le grand hall de l’aéroport London Heathrow et toucher pour la première fois la femme avec qui j’allais passer dix jours aussi spéciaux qu’hors du temps. « Je n’oublierai jamais notre premier Week-end à Londres » m’a-t-elle déjà dis, moi non plus. De l’instant où nous nous sommes trouvés, sans portables, ni point de rendez vous, comme des inconnus qui se croiseraient par hasard mais qui se reconnaîtraient immédiatement ; à nos premières soirées passées dans des restaurants, cafés et pubs divers ; à nos premiers réveils dans des lieux qui allaient changer très souvent ; à nos premiers voyages en train, bus et voiture ; rien de tout cela ne peut s’effacer de ma mémoire.

Quelques mois et longues discutions plus tard, je partais de mon dernier examen d’université Anglaise  pour plus de 24h de transports divers, avec des étapes à Paris et Chicago pour rejoindre enfin ma douce.

Ensemble à nouveau, elle m’a fait redécouvrir le Québec, je revoyais cet étrange mélange de culture Franco-Américaine, me ramenant à mes deux origines : Français avec une enfance Américaine. Superbe.
Squattant le Starbucks local : le Café Morgan, passant sur glace et neige dans la rue, patinant pour la première fois sur des sentiers forestiers – sous les encouragements et les rires de mon amour – passant certaines soirées dans des restaurants et pubs, et bien entendu découvrir son monde :  famille, amis, maison, université, villes. Bras dessus, bras dessous, comme toujours.

On est sans doutes pris pour un couple un peu étrange, une Américaine avec un Européen, un océan entre les deux, mais on ne s’est jamais sentis plus proche de quiconque auparavant. Et notre première année est déjà passée. « Déjà » et « seulement » à la fois. Tant nous avons déjà vécu de choses, et en un laps de temps finalement si cours.
Je ne compte plus les échanges et les sujets que nous avons abordé, les lettres, les cartes, les emails, les sms, les appels, les messages instantanés envoyés. Ni tous les films que nous avons vus ou tous les morceaux de musiques découvert ou redécouvert ensemble. Ni enfin tout ce que nous avons déjà pus partager, et partagerons encore, dans les mois et décennies qui viennent.

(à lire : l’article miroir, celui de ma douce)


déc 3 2010

Snow

Il avait neigé. Je n’étais presque pas sorti de la journée et les quelques minutes dans le froid m’avaient montré à quel point j’étouffais. Que j’étouffais et éprouvais le besoin de marcher. Dans le froid.

J’ai ressorti de mon armoire mes chaussures de marche, celles qui me servent épisodiquement en hiver, depuis des années. Qui ont connues la neige de Stockholm, Malmö et Kalmar, non loin de Nybro ; ville Suédoise où j’aurai passé plus d’une semaine à découvrir les gens, la culture et le calme de là bas. Qui auront aussi foulés la glace de Copenhague, les sommets des alpes Française en été, et le sol décrépis des quelques usines et sanatoriums désaffectés que j’ai eu le loisir de visiter.
Mon écharpe, ma veste en cuir, mes gants et me voilà dehors, entre chien et loup.

Couleurs. Choc.

A la tombée de la nuit, la neige deviens bleu. Un bleu céruléum très clair tendant progressivement vers le prussien. Je marche le long d’un trottoir, les trottoirs d’ici, tout comme ceux des banlieues riches américaines, sont décalés du bord de la route, entre cinq et dix mètres de large, parfois flanqué d’une ou deux rangées d’arbres et de buissons.
Une fenêtre sur le réel. Un carré blanc qui se dévoile entre les branches. C’est l’unique ouverture du petit supermarché. Deux portes battantes en plexiglas. Dedans, les clients, les rayonnages et les affiches. Mouvant et statique. Le tout baigné d’une lumière artificielle blanche et dure. Un carré de réel cru dans un environnent bleu, calme et paisible. Sublime contraste.

Quelques mètres, et je vois apparaitre à coté de la supérette, encore une fois durement éclairé par de l’éclairage au néon blanc, le passage souterrain permettant aux passants de traverser la voie rapide. Le passage n’est pas gris, ni blanc, mais coloré de courbes, de lettres. De cette calligraphie urbaine que j’ai toujours tellement aimé. De ce goût prononcé qui me fera passer pour un ver de bibliothèque au collège quand j’avais des plumes et des encriers dans mon sac, et qui me fera passer pour un voyou au lycée quand je transporterai alors marqueurs pointe large et cylindres Montanas. Les gens sont superficiels.

Un peu plus loin, les arbustes disparaissent, laissant le champ libre sur la rue sinueuse plantée de réverbères à lumière jaune. Lumière qui se diffuse dans l’espace et forme des ronds oranges et lumineux à leurs bases, qui s’élargissent et se mêlent progressivement au bleu ambiant en passant pas les gradients violets.
Ces points chauds qui ponctuellement réchauffent l’environnement et l’architecture. Lui donne des points d’attractions visuelles. Et me donne beaucoup à admirer. Marchant.

Mes mains sont déjà gelées. La lumière, la couleur et le froid.
Le manque aussi. Le manque de celle avec qui j’aurai voulu partager tout cela.
Je respire et regarde autour de moi. Une heure en tout.
Si peu et tellement plus en même temps.


oct 21 2010

Cliché -mais pas que-

Photo : by CMagee2010

Forte impression. Passons le cliché, passons le coté hype, passons le coté « ma fille est magnifique ».
Cette photo me laisse une forte impression. Pas le sujet, ni le traitement, ni encore la volonté du photographe. Mais plus tout ce qu’il y a derrière. Le symbole.

Si la tradition est la petite robe de princesse rose -la même qui lui fera enfiler une robe blanche plus tard-, une robe en tissu de mauvaise qualité, peu agréable à porter finalement, mais rose barbie, kitch, criard, et de mauvais gout.
Si ce genre de passages, ersatz de rites initiatiques, deviens commun au plus grand nombre, que l’image de sa fille, dans son jardin, devant le parterre de fleurs, est un des éléments importants que la fille retrouvera plus tard, tirée dans l’album de famille, sur une bande vidéo, ou redécouvert dans le dossier d’un support quelconque. Et formera un précieux souvenir.
Si cette pratique est malgré tout issue de la machine à sous-culture de masse, bercée par l’aura sirupeuse WaltDisneyene, empaquetée en Chine dans un blister en plastique qui sera présentée en lots bien rangés, pendus dans les rayons de supermarchés.

Alors cela forme pour moi la plus belle des contradictions occidentales. Tout le monde s’accorde pour ne pas voir en l’instrumentalisation des envies et des besoins en théories marketing et financière une quelconque beauté. Et pourtant, le plaisir de cette petite fille est bel et bien réel, on ne pourra pas le lui enlever (ne doit-on pas d’ailleurs ?) et plus tard, devenue femme, elle gardera pour cette image une affection qu’elle tiendra à préserver. Au nom de son propre passé, de sa propre enfance.

J’envie cette petite fille. Tout en restant fasciné par cette contradiction que la sous-culture de consommation de masse puisse ériger à son tour des symboles intemporels. Et j’attends le moment où cette image passera les années et qu’un œil vieillis la retrouvera.
C’est alors qu’elle aura du sens, et enfin une forme de beauté aussi particulière que contradictoire.