Mother Tongue

Il y a des jours où l’on se demande si on n’est pas en train de perdre pied.

Ma relation au français à toujours été particulière, sortie d’une enfance Américaine, il m’arrivait assez souvent de me demander quel était tel mot français pour tel objet, animal ou autre. Fait particulièrement frustrant pour tout expatrié, l’impression d’oublier sa propre langue est toujours un peu déstabilisante.

Quelle ne fut pas ma surprise, plus de douze ans plus tard, de ressentir à nouveau cette impression étrange. Non pas à cause d’un oubli cette fois, non, mais au contraire, un éclairage nouveau sur ma propre langue maternelle. En cherchant une prof dont on m’avait mal renseigné le bureau, je me suis retrouvé nez à nez avec une prof de français. Non pas une prof de français à comprendre comme une prof de grammaire ou de littérature, non, mais une prof de Langue Française, destinée à nos étudiants étrangers afin qu’ils apprennent notre langue. Celle-ci m’accueillit avec un sourire et un « Bonjour, que puis-je pour vous ? ».

Choc.

J’ai eu l’impression fugitive mais réellement poignante que cette personne me parlais dans une langue étrangère, avec le bon accent, l’intonation, le tout parfaitement articulé, temporisé. Cette langue étrangère qui n’était autre que ma propre langue maternelle. L’espace d’un instant, sous une nouvelle lumière je redécouvris la richesse des sons, la parfaite maitrise de la langue, de celle qu’on envie à nos professeurs natifs de langue étrangère, dont on s’enivre en se disant : « c’est parfait » .

Je suis resté quelques secondes, interloqué. Impression subite de renouer avec une impression d’enfance, une image qui était idéale et qui s’est ternie de l’oublie par la suite. L’impression de redécouvrir un goût oublié, de ressaisir le sens d’un mot perdu.
Et de se rendre compte, un quart de seconde après, que cette chose nouvelle, redécouverte, on l’emploie au quotidiens sans même y faire attention.

Sonné, j’ai eu du mal à m’exprimer pour lui demander de bien vouloir m’excuser car je m’étais trompé.
Je compris aussi, vu son expression et la tête que je devais faire, qu’elle devais se demander si j’avais bien compris sa phrase -en tant qu’étudiant étranger potentiel-, et elle fus surprise de voir qu’il n’y avais aucunes lacunes de compréhension.

Ce fut le parfait inverse..

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