{"id":434,"date":"2010-10-07T23:50:56","date_gmt":"2010-10-07T23:50:56","guid":{"rendered":"http:\/\/blog.nicolas-constant.com\/?p=434"},"modified":"2015-01-21T03:31:38","modified_gmt":"2015-01-21T02:31:38","slug":"lamour-fou-andre-breton","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.nicolas-constant.com\/?p=434","title":{"rendered":"L&rsquo;Amour Fou"},"content":{"rendered":"<p>(Citations)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Boys <\/em>du s\u00e9v\u00e8re, interpr\u00e8tes anonymes, encha\u00een\u00e9s et brillants de la revue \u00e0 grand spectacle qui toute une vie , sans espoir de changement, poss\u00e8dera le th\u00e9\u00e2tre mental, ont toujours \u00e9volu\u00e9 myst\u00e9rieusement pour moi des \u00eatres th\u00e9oriques, que j&rsquo;interpr\u00e8te comme des porteurs de cl\u00e9s : ils portent les <em>cl\u00e9s des situations<\/em>, j&rsquo;entends par l\u00e0 qu&rsquo;ils d\u00e9tiennent le secret des attitudes les plus significatives que j&rsquo;aurai \u00e0 prendre en pr\u00e9sence de tels rares \u00e9v\u00e9nements qui m&rsquo;auront poursuivi de leur marque. <strong>Le propre de ces personnages est de m&rsquo;appara\u00eetre v\u00eatus de noir &#8211; sans doute sont-ils en habit ; leurs visages m&rsquo;\u00e9chappent : je les crois sept ou neuf &#8211; et, assis l&rsquo;un pr\u00e8s de l&rsquo;autre sur un banc, de dialoguer entre eux la t\u00eate parfaitement droite.<\/strong> C&rsquo;est toujours ainsi que j&rsquo;aurais voulu les porter \u00e0 la sc\u00e8ne, au d\u00e9but d&rsquo;une pi\u00e8ce, leur r\u00f4le \u00e9tant de d\u00e9voiler cyniquement les mobiles de l&rsquo;action.<br \/>\n<strong>A la tomb\u00e9e du jour et souvent beaucoup plus tard (je ne me cache pas qu&rsquo;ici la psychanalyse aurait son mot \u00e0 dire), comme ils se soumettraient \u00e0 un rite, je les retrouve errant sans mot dire au bord de la mer, \u00e0 la file indienne, contournant l\u00e9g\u00e8rement les vagues. De leur par, ce silence ne me prive gu\u00e8re, leurs propos de banc m&rsquo;ayant, \u00e0 vrai dire, paru toujours singuli\u00e8rement d\u00e9cousus<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">[..]\n<p>Pourquoi faut-il qu&rsquo;\u00e0 ce fantasme succ\u00e8de irr\u00e9sistiblement un autre, qui de toute \u00e9vidence se situe aux antipodes du premier ?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">[..]\n<p>Je me plais \u00e0 me figurer toutes les lumi\u00e8res dont a joui le spectateur convergeant en ce <em>point d&rsquo;ombre<\/em>. Louable intelligence du probl\u00e8me, bonne volont\u00e9 du rire et des larmes, go\u00fbt humain de donner raison ou tord : climats temp\u00e9r\u00e9s ! Mais tout \u00e0 coup, serait-ce encore le banc de tout \u00e0 l&rsquo;heure, n&rsquo;importe, ou quelque banquette de caf\u00e9, la sc\u00e8ne est \u00e0 nouveau barr\u00e9e. <strong>Elle est barr\u00e9e, cette fois, d&rsquo;un rang de femmes assises, en toilettes claires, les plus touchantes qu&rsquo;elles aient port\u00e9es jamais. La sym\u00e9trie exige qu&rsquo;elles soient sept ou neuf. Entre un homme&#8230; il les reconna\u00eet : l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre, toutes \u00e0 la fois ? Ce sont les femmes qu&rsquo;il a aim\u00e9es, qui l&rsquo;ont aim\u00e9, celles-ci des ann\u00e9es, celles-l\u00e0 un jour. Comme il fait noir ! <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">[..]\n<p>Reste \u00e0 glisser sans trop de h\u00e2te entre <strong>les deux impossibles tribunaux qui se font face : celui des hommes que j&rsquo;aurai \u00e9t\u00e9, par exemple en aimant, celui des femmes que toutes je revois en toilettes claires.<\/strong> La m\u00eame rivi\u00e8re ainsi tourbillonne, griffe, se d\u00e9voile et passe, charm\u00e9e par les pierres douces, les ombres et les herbes. L&rsquo;eau, folle de ses volutes comme une vraie chevelure de feu. Glisser comme l&rsquo;eau dans l&rsquo;\u00e9tincellement pur, <strong>pour cela il faudrait avoir perdu la notion du temps. Mais quel abri contre lui ; qui nous apprendra \u00e0 d\u00e9canter la joie du souvenir ? <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">[..]\n<p>Sans pr\u00e9judice de l&#8217;emploi des moyens que n\u00e9cessite la transformation du monde et, par l\u00e0, notamment, la suppression de ces obstacles sociaux, il n&rsquo;est peut-\u00eatre pas inutile de se convaincre que cette id\u00e9e de l&rsquo;amour unique proc\u00e8de d&rsquo;une attitude mystique &#8211; ce qui n&rsquo;exclut pas qu&rsquo;elle soit entretenue par la soci\u00e9t\u00e9 actuelle \u00e0 des fins \u00e9quivoques. Pourtant je crois entrevoir une synth\u00e8se possible de cette id\u00e9e et de sa n\u00e9gation.<\/p>\n<p><strong>Ce n&rsquo;est pas, en effet, le seul parall\u00e9lisme de ces deux rang\u00e9es d&rsquo;hommes et de femmes que tout \u00e0 l&rsquo;heure j&rsquo;ai feint de rendre \u00e9gales arbitrairement, qui m&rsquo;incite \u00e0 admettre que l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 &#8211; dans tous ces visages d&rsquo;hommes appel\u00e9 pour finir \u00e0 ne reconna\u00eetre que lui-m\u00eame &#8211; ne d\u00e9couvrira pareillement dans tous ces visages de femmes qu&rsquo;un visage : le dernier visage aim\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p>Que de fois, par ailleurs, j&rsquo;ai pu constater que sous des apparences extr\u00eamement dissemblables cherchait de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre de ces visages \u00e0 se d\u00e9finir un trait commun des plus exceptionnels, \u00e0 se pr\u00e9ciser une attitude que j&rsquo;eusse pu croire m&rsquo;\u00eatre soustraite \u00e0 tout jamais ! Si boulversante que demeure pour moi une telle hypoth\u00e8se, il se pourrait que, dans ce domaine, le jeu de substitution d&rsquo;une personne \u00e0 une autre, voire \u00e0 plusieurs autres, tende \u00e0 une l\u00e9gitimation de plus en plus forte de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9, et cela en raison m\u00eame de la subjectivation toujours croissante du d\u00e9sir.<br \/>\n<strong><br \/>\nL&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 serait alors celui en qui viendraient se composer un certain nombre de qualit\u00e9s particuli\u00e8res tenues pour plus attachantes que les autres et appr\u00e9ci\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment, successivement, chez les \u00eatres \u00e0 quelque degr\u00e9 ant\u00e9rieurement aim\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p>Il est \u00e0 remarquer que cette proposition corrobore, sous une forme dogmatique, la notion populaire du \u00ab\u00a0type\u00a0\u00bb de femme ou d&rsquo;homme de tel individu, homme ou femme, pris isol\u00e9ment. Je dis qu&rsquo;ici comme ailleurs cette notion, fruit qu&rsquo;elle est d&rsquo;un jugement collectif \u00e9prouv\u00e9, vient heureusement en corriger une autre, issue d&rsquo;une de ces innombrables pr\u00e9tentions id\u00e9alistes qui se sont av\u00e9r\u00e9s, \u00e0 la longue, intol\u00e9rables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>passages que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9s \u00e0 une femme.<br \/>\nune femme aux cheveux bleus.<br \/>\nla femme que j&rsquo;aime. <\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Citations) \u00ab\u00a0Boys du s\u00e9v\u00e8re, interpr\u00e8tes anonymes, encha\u00een\u00e9s et brillants de la revue \u00e0 grand spectacle qui toute une vie , sans espoir de changement, poss\u00e8dera le th\u00e9\u00e2tre mental, ont toujours \u00e9volu\u00e9 myst\u00e9rieusement pour moi des \u00eatres th\u00e9oriques, que j&rsquo;interpr\u00e8te comme des porteurs de cl\u00e9s : ils portent les cl\u00e9s des situations, j&rsquo;entends par l\u00e0 qu&rsquo;ils [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2842,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-434","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-demimot","has-featured-image"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/blog.nicolas-constant.com\/wp-content\/uploads\/2010\/10\/Andr%C3%A9-Breton-portant-la-cible-dessin%C3%A9e-par-Francis-Picabia-au-festival-Dada-1920-768x1024.jpg?fit=768%2C1024&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p5vrXn-70","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.nicolas-constant.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/434","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.nicolas-constant.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.nicolas-constant.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolas-constant.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolas-constant.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=434"}],"version-history":[{"count":29,"href":"https:\/\/blog.nicolas-constant.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/434\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2844,"href":"https:\/\/blog.nicolas-constant.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/434\/revisions\/2844"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolas-constant.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2842"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.nicolas-constant.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=434"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolas-constant.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=434"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.nicolas-constant.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=434"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}